Paysages à penser...des arbres et des haies ... paysages à panser
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Outre ses bienfaits écologiques, le réseau des haies joue un rôle capital dans le paysage

Il marque très clairement le parcellaire et permet d'en comprendre l'histoire; Ainsi, haies et arbres isolés tissent un réseau de lignes et de points retraçant les usages d'un territoire. Le positionnement des arbres, la taille et la découpe des parcelles indiquent par exemple l'importance des propriétés ou encore la répartition des bonnes terres.
Visuellement, le relief est accentué par ces lignes qui épousent tour à tour lignes de pente et courbes de niveau, ceci d'autant plus que les collines nivernaises et morvandelles offrent d'innombrables surploms formant autant de belvédères , au contraire, les perspectives et la ligne d'horizon sont soulignés ici grâce aux jeux d'ombre et de lumière de ces festons végétaux.
Des ouvrages à intégrer dans le patrimoine du département. Tout un chacun peut profiter, en flânant entre les deux haies bardières d'un chemin rural, des sensations offertes par ces drôles de milieux mi-naturels, mi-artificiels.
Naturels parce que composés d'espèces végétales (et animales) en équilbre depuis une durée assez longue, artificiels parce que plantés ou conservés à la suite de défrichements par les agriculteurs. Le bocage nivernais ne serait pas si ancien que cela, il ne daterait "que du XVIème siècle" ce qui n'est déjà pas si maldu temps de la constitution de domaines d'élevage par de grands propriétaires. Le bocage est considéré comme aristocratique sur certaines zones, c'est à dire, lorsque les seigneurs s'éfforcent d'éliminer les petits propriétaires (tenanciers)censitaires et de reconstituer à leur profit de grands domaines qu'ils découpent, hormis les réserves forestières, en métairies. Ce type de grande propriété , avec développement des enclosures s'est parfois substitué à une propriété paysanne faite de champs ouverts. Le but des grands propriétaires était de se soustraire à la vaine pâture.
Quant au Morvan, ce sont plûtot les communautés paysannes qui ont clôturé leurs parcelles de manière concentrique au sein des clairières de défrichement
Comment déceler l'ancienneté d'une haie ? En Angleterre, des études ont montré qu'il faut en comptabiliser les espèces végétales,dans tous les cas, l'observation et la conservation s'impose, y compris, pour les communes au sein des documents d'urbanisme.
Pour une compostion végétale polyvalente des haies
La haie en bonne santé contient presque toujours conjointement arbres et arbustes, les arbres (charmes, hêtres, chênes, érables, tilleuls) forment l'armature ligneuse de la haie et lui donne une certaine solidité bien utile pour empêcher les animaux de la traverser ou pour résister au passage de la moderne épareuse. D'autres arbres (frêne, cormier ou le meriser) trouvent leur utilisation en balivage.
Dans l'optique d'une plantation ou d'une réhabilitation : respecter une diversité qui donne l'aspect d'un patchwork feuillé
Autre aspect positif de la diversifie " végétale : la cueillette des baies ou des herbes médicinales tirées des haies permit très longtemps la survie des populations rurales les plus pauvres. Si ce type de cueillette est tombée en désuétude suite à l'exode rural massif de la seconde partie du XXème siècle, elle intéresse à nouveau les consommateurs à l'affût de produits authentiques et variés.
Disparition ou effilochage du réseau ?
Le réseau bocager tend peu à peu à se distendre: les mailles s'agrandissent ou se défont par suppression ici du fil de trame, là de l'un des côtés. Les arrachages, assez spectaculaires, se généralisent au niveau des sols voués à l'exploitation céréalière qui nécessitent de vastes parcelles sans obstacles. Par contre, les exploitations bocagères se satisfont de la présence aérée des haies qui constituent de bonnes clôtures en appoint du jeune réseau électrique. Celui-ci se répand comme une trainée de poudre, remplaçant de plus en plus les clôtures barbelées et ré-actualisant la fonction des haies végétales dont la solidité est à nouveau recherchée. De plus, quelques arbres bien disposés sont toujours appréciés pour l'abri des bêtes. Une partition très nette entre terres céréalières et terres d'élevage se fait jour dans le paysage du département : l'open-field* s'opposant au bocage.
En ce qui concerne le bocage lui-même, les risques de dégradation se précisent : le broyage systématique des haies basses n'est pas toujours bien réalisé et met en péril la structure et la diversité de ces superbes ouvrages.
Ceux-ci vieillissent et ne sont pas entretenus dans le sens d'un renouvellement régulier. Ainsi, le paysage est trompeur : vues de loin, les haies dessinent encore les parcelles mais observées de près, elles se meurent, constituées parfois uniquement de bois mort recouvert pas les ronces ou les fougères ! Autre risque : la simplification du réseau de sentiers, encore marqués par la présence de haies. Parfois vendus par les communes pour arranger les exploitants ou abandonnés par les habitants, de nombreux chemins retrouvent de plus en plus leurs fonctions d'irrigation du territoire, faisant de la Nièvre un véritable parc démocratique puisqu' accessible à tous.